Visite Guider : Les cliniques Saint Luc au soleil
02/10/09: Les Cliniques universitaires Saint-Luc ont voulu donner l'exemple en installant, en août 2008, des panneaux photovoltaïques sur l’une des toitures de l'hôpital. Il s'agit d'une première pour un bâtiment du secteur hospitalier à Bruxelles. 198 panneaux de 220 watt-crête représentant une superficie de 330 m², visite « Guider » de l’installation avec Jean Degand, le Responsable Energie des Cliniques.
Mardi matin, 10H30, nous avons rendez-vous aux Cliniques universitaires Saint-Luc à Bruxelles. Ce n’est pas un docteur qui nous reçoit aujourd’hui, mais bien Jean Degand, le Responsable Energie des Cliniques. Son QG : le département technique, qui se trouve au niveau moins trois de l’hôpital. Les présentations sont rapides. Il nous emmène déjà vers un autre bâtiment. Il s’agit de l’aile consacrée à la gériatrie et à l’hôpital de jour pédopsychiatrique. Direction le toit. Sur l’une des portes, on peut même y lire « Attention 600 Volts, danger de mort, installation photovoltaïque », aussitôt Jean Degand nous explique qu’il y a effectivement 600 volts de tension vu qu’une boucle (un string) est formée par un câblage en série d’une vingtaine de modules produisant chacun une tension continue de 30 Volt.
La porte s’ouvre et nous voilà sur le toit, face à une importante installation photovoltaïque. 198 panneaux de 220 watt-crête chacun d’une superficie de 330 m² et qui totalise une puissance maximale de 44 kW. En un an, plus ou moins 30.000 kWh devraient être produits. Aussitôt un rayon de soleil nous confirme que le toit est bien exposé : « C’était la toiture où il y avait le moins d’ombrage, voilà pourquoi on y a installé les panneaux » nous commente notre hôte.
D’abord l’éolien
La volonté de la direction et des Partenaires sociaux était d’investir dans un projet d’utilisation d’énergie renouvelable.Simplicité, fiabilité, rentabilité et visibilité étaient leurs critères pour le choix du type d’énergie verte à utiliser. Au départ, plusieurs pistes ont été explorées pour utiliser des sources d’énergie renouvelables. Jean Degand avait d’abord opté pour l’éolien vu sa meilleure rentabilité malgré les hypothèses de production non optimales. L’avant-projet présentait une éolienne d’environ 62 mètres de hauteur. Mais pour ce projet, l’ingénieur a rencontré plusieurs difficultés. Tout d’abord, au niveau de l’occupation de l’espace aérien étant donné la proximité de l’aéroport de Zaventem. En effet, il ne leur était pas autorisé de dépasser la hauteur du plus haut bâtiment avoisinant. Malgré cela, les simulations informatiques ont pointé l’important risque de perturbation des radars d’approches de l’Aéroport, par temps de fortes pluies.
La seule possibilité était de déplacer l’éolienne derrière la tour d’hospitalisation, ce qui ne correspondait plus à une zone permise au sens du PRAS (plan régional d’affectation du sol). Le projet éolien à été abandonné au profit du solaire photovoltaïque « C’est assez facile à mettre en œuvre, il n’y a quasiment aucun entretien, et en plus à Bruxelles, les primes commençaient à être très intéressantes. ».
Un geste citoyen
198 panneaux qui fournissent 30.000 kWh, c’est déjà une belle installation photovoltaïque, toutefois, ce n’est évidemment pas suffisant pour répondre à l’entièreté de la consommation d’électricité des cliniques. Comme nous l’indique à juste titre Jean Degand, ce n’est qu’un grain de sable par rapport aux 30.081 MWh d’électricité consommés en 2008 aux Cliniques.Et Jean Degand d’insister : « En installant ces panneaux, notre but n’était pas forcément de réaliser d’importantes économies sur la facture d’électricité, nous voulions un projet simple, fiable et visible. C’est chose faite.Cette installation est également un outil pour sensibiliser le personnel à l’importance d’éteindre éclairage et PC à la fin de la journée. C’est aussi poser un geste citoyen et montrer qu’à Saint Luc, on agit pour s’inscrire dans le développement durable. »
C’est à la société bruxelloise Rénove Electric que l’hôpital a fait appel pour l’installation. Il leur a fallu débourser 270.000 euros. Le conseiller Energie espère recevoir la prime bruxelloise de 40 %, soit 108.000 euros. Avec une économie de 5.000 euros d’électricité par an et les 13.000 euros annuels de certificats verts, l’installation devrait être rentabilisée en 9 ans et demi.
Ces économies, l’hôpital les réinjectera dans des projets de Mobilité.
Deux étoiles « Eco-dynamique »
Ce n’est pas le seul projet en faveur des économies d’énergie de l’hôpital, que du contraire. A côté du photovoltaïque, Jean Degand élabore toute une série de petits projets : « Nous avons d’abord commencé par le chauffage, chauffer un volume si grand, c’est difficile en terme de satisfaction. On ne chauffe pas forcément moins mais mieux. Par exemple, on a déterminé que le confort c’était x degrés, dépendant de l’habillement et du niveau de santé des personnes. Les gens ont la possibilité d’augmenter ou de diminuer cette température fixée mais le système informatique agit en interdisant qu’un bureau demande 26°C et celui d’à coté 19°C En sachant que réduire la température de un degré, cela équivaut à plus ou moins 6 % d’économie, c’est énorme. Autre cheval de bataille sur lequel nous travaillons, c’est l’électricité. On a effectué des visites en dehors des heures de fonctionnement des services afin de voir ce qui reste inutilement allumé. Et on accentué la sensibilisation chez eux. Certains ont joué le jeu, d’autres pas du tout. » Jean Degand le déplore mais ne se démonte pas pour autant. Lui est là pour sensibiliser un maximum mais il ne se fixe pas d’objectif chiffré pour cela. Les techniques qu’il utilise : revue interne, affiches, articles, groupe de travail,….Le conseiller va très prochainement installer un panneau dans le hall d’entrée de l’hôpital. Il sera directement relié à l’installation photovoltaïque et on pourra y lire en temps réels la production d’électricité. Toutes ces informations seront également disponibles sur l’intranet accompagnées d’articles reprenant les astuces pour économiser le gain de l’installation.Les cliniques Saint-Luc sont particulièrement actives en matière de développement durable : elles se sont vues décerner 2 étoiles (sur une échelle de 3) et le label Eco-dynamique par Bruxelles-Environnement, pour ses efforts en matière de mobilité, de gestion de déchets et d’économie d’énergie.
5% d’économie sur les dépenses énergétiques
Le responsable Energie a été engagé fin 2006 dans un contexte de hausse des prix de l’énergie et traduit la volonté de la Direction des Cliniques universitaires Saint-Luc d’investir en moyens humains afin de tenter de réduire les coûts liés à l’utilisation de l’énergie dans l’hôpital. Choix bien compréhensible lorsqu’on sait qu’exploiter les 163.000 m² de bâtiments coûte annuellement de l’ordre de 5 millions d’euros en énergie et fluides.Un objectif de 5% de réduction des consommations énergétiques annuelles a été fixé (hors effet prix et climat) , ce qui correspond à 200.000 euros.
Pour y parvenir, l’ingénieur compte maintenant sur une réelle équipe « multimétier » sans laquelle son travail serait impossible. Cela vaut la peine de citer ceux qui contribuent au programme énergie :
• La direction du Département Technique ;
• Les responsables de la conception et de l’exploitation des techniques « HVAC » ;
• Les représentants du secteur médical et infirmier.
• La société de maintenance (Dalkia) et la société de régulation (Honeywell)Tout d’abord, une comptabilité énergétique rigoureuse a été mise en place et permet de se situer de mois en mois. Un bilan mensuel est réalisé, les actions énergie sont quantifiées et une projection fin d’année est actualisée.
« Nos premières actions très productives ont consisté en mieux calquer le fonctionnement de la ventilation sur les horaires de ventilation sur les besoins réels. Pas simple quand les réseaux de ventilation couvrent plusieurs services dont les besoins évoluent au cours des déménagements et demandes de dérogations à l’horaire habituel. » explique Jean Degand. L’essentiel des actions touche à la régulation, que ce soit en distribution de chaleur ou de froid.« Nous sommes progressivement arrivés fin 2008 à consommer 22% de chauffage en moins par rapport à la clôture de 2005 prise comme référence. Au niveau de l’électricité, nous avons analysé les causes d’un fonctionnement non optimum de nos machines frigorifiques. Un recalcul des débits de certains circuits d’acheminement de l’eau glacée permettant une réduction de vitesse de rotation de pompes nous permet d’éviter de dépenser +/- 7500 euro d’électricité par mois.A peine de quoi stabiliser l’évolution de la consommation globale d’électricité qui a tendance à partir à la hausse, constat de tous les hôpitaux académiques. »
Et pour économiser davantage, le conseiller Energie change les ampoules dans les ascenseurs par exemple, les allogènes font place aux LED et dans les nouvelles zones, des détecteurs de présence remplacent désormais les interrupteurs.
Et comme pour joindre le geste à la parole, nous étions en pleine discussion avec notre hôte quand tout d’un coup, son attention a été attirée sur l’éclairage du couloir où nous nous trouvions. En pleine journée, les lumières étaient inutilement allumées et il n’y a aucun interrupteur pour y remédier, bizarre. « Je ferai une demande d’intervention à l’atelier électricité » et tâcherai de suivre cela » conclut Jean Degand. Les éclairages n’ont qu’à bien se tenir, à Saint Luc, la chasse au gaspillage se poursuit !
Fiche technique
Installation photovoltaïque :
- 198 panneaux de 220 watts sur une superficie de 330 m²,
- Puissance maximale de 44 kW,
- Modules polycristallins, 6 onduleurs,
- La production annuelle est de 27.728 kWh depuis août 2008. La consommation totale d’électricité des cliniques est de 30.081 MWh,
- Temps de retour de l’investissement : 9 ans et demi
- Installateur : Renove Electric


