Philippe Henry veut donner l’envie d’avoir envie d’utiliser les transports en commun

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13/11/09: Le ministre wallon raconte sa « vision » pour répondre au défi du changement climatique et pour rationnaliser les déplacements. La solution ? Penser l’aménagement du territoire de manière globale, avec surtout la mobilité qui en découle. Et diminuer encore et toujours l’emprise de la voiture…
 

Guider:  Vous êtes arrivé en septembre au gouvernement et vous avez en charge l’aménagement du territoire, la mobilité, les transports, les sites d’activité économique désaffectés et l’environnement. C’est l’idéal, pour un ministre Ecolo, non ?

J’ai des compétences assez regroupées, en effet, surtout dans l’optique de la prochaine conférence de Copenhague sur les changements climatiques, pour ce qui concerne la réduction des gaz à effet de serre. 

Guider:  Comment envisagez-vous la manière de relever ce défi climatique ?

On est obligés de revoir pas mal de choses dans notre manière de vivre, de nous déplacer, de travailler… Du point de vue de l’urbanisme, cela signifie qu’il faut revoir la manière d’aménager notre territoire. On parle de 45 % de réduction de CO2, ce n’est pas un changement mineur…

La mobilité doit s’organiser en aval de l’aménagement du territoire. C’est pourquoi on a besoin d’une vision sur 20-30 ans. Partant de la carte existante de la Région, comment va-t-on s’organiser pour mieux répondre au défi climatique ? Aujourd’hui, il y a une forte utilisation de la voiture individuelle, trop forte. Les familles possèdent deux, voire voitures. C’est devenu un réel problème.

Les jeunes doivent réfléchir à l’endroit où ils s’installent et penser aux différents moyens de locomotion qu’ils utiliseront: le vélo, la voiture, les transports en commun…

On a l’intention de densifier l’habitat, notamment dans les villes. Il existe encore pas mal de lieux vierges où il est possible d’installer des activités. Cela pose évidemment la question de la réhabilitation et de reconversion des friches industrielles.

Guider:  Il y a des bassins prioritaires, comme celui de Charleroi, pour la reconversion des friches industrielles ?

Non, il n’y a pas de bassin prioritaire. Il y a des friches partout. Il y a des besoins partout. Et il y a des priorités dans chaque sous-région. Il faut se donner des priorités parmi les friches industrielles selon ce qu’on veut y faire : de l’habitat, un centre de services, des activités industrielles…

Mais il faut aussi densifier l’habitat à l’extérieur des villes, là où il y a des noyaux d’habitat ou des nœuds de communication, comme une gare.

Guider:  Justement, il y a des petites villes ou des banlieues qui pourraient être mieux desservies…

On ne va pas pouvoir multiplier l’offre en termes de volume, mais on réfléchit à la qualité du service. On réfléchit aux manières modales de se déplacer, qu’il y ait une complémentarité entre le bus et le train, des emplacements pour vélos dans les gares, des aires de stationnement pour les voitures à proximité des nœuds de communication, comment organiser le covoiturage, etc. Au final, on vise une forte diminution de la voiture.

Guider:  Toujours pas de diminution du prix des transports en commun en vue ?

Les tarifs des TEC vont suivre l’indexation. Ce qu’on va faire, c’est adapter l’offre, en ce sens qu’on doit faire preuve de plus de créativité pour répondre aux demandes des usagers. Mais il faut se rendre compte que les transports publics coûtent très cher à la collectivité. Il est important de savoir que les pouvoirs publics paient 75% du ticket de l'usager.


Guider:  La SNCB dépend du fédéral. Quel est votre pouvoir d’action sur sa politique de desserte ?

Vis-à-vis de la SNCB, je suis le porte-parole des attentes de la région. C’est tout à fait ridicule d’envisager une politique de mobilité dans une région sans penser à l’offre de la SNCB, d’envisager des solutions métro-bus-trams sans prendre en compte le train. Le dialogue est inévitable. Il faut donc que la Région soit bien outillée pour analyser l’offre et à ce propos, mon prédécesseur, José Darasse, avait créé une cellule Rail pour analyser cette offre.

Mais au-delà de l’offre des gares, des bus, etc., il y a une question d’habitudes. Moi qui ne prends presque plus ma voiture, je sais qu’on organise sa journée différemment et finalement, on n’a plus envie d’utiliser sa voiture. On profite du trajet en train pour travailler ou rencontrer des personnes…

Il faut donner l’envie d’avoir envie d’utiliser les transports en commun. Pour cela, toutes les initiatives, comme celle de la Semaine de la Mobilité, sont de bonnes accroches. L’information et la sensibilisation, ce n’est pas coûteux sur le plan budgétaire. Donc, on peut faire quelque chose.

Guider: D’autres semaines de la mobilité ?

En quelque sorte, on va  généraliser la Semaine de la Mobilité, mais en ne se concentrant pas seulement sur des dimanches. Il faut permettre des expériences-pilotes, permettre à des personnes de tester de nouveaux modes de déplacements, développer l’aspect « informations pratiques » pour l’usager via, par exemple, des sites internet, des SMS… L’usager sera alors prévenu, par exemple, d’un retard éventuel de son bus. Ca permettra de rendre les TEC plus efficaces, plus modernes, plus attractifs.

Guider:  Les récentes mesures pour taxer davantage les voitures de société vous aident bien dans vos desseins…

Je pense que les entreprises n’ont pas encore bien calculé ce que signifie l’usage intensif de la voiture pour elles en termes de rentabilité. L’usage intensif de la voiture entraîne que ce soit d'un point de vue économique mais aussi en stress, en temps, en environnement…

Cet aspect-là des choses commence d’ailleurs à être intégré dans les écoles de gestion. On peut faire le parallèle avec les écoles d’architecture, où il n’est plus possible d’envisager un cursus sans formation à l’éco-construction, à la maison passive…

Guider:  Quelle est votre politique concernant les grands projets, que ce soit des centres commerciaux, des parcs éoliens ou industriels.. ?

Trop souvent, on  a localisé les grands centres commerciaux dans des endroits uniquement accessibles en voiture. Et l’on voit aujourd’hui aux USA l’apparition de chancres commerciaux, et non plus industriels. Il faut renforcer la présence de l’activité commerciale dans les villes et dans les villages. Cela peut générer des problèmes de voisinage, mais cela passe par une nouvelle manière de construire la ville.

Dans ma compétence d’aménagement du territoire, j’ai les recours pour tout ce qui est d’importance. Parfois, cela nécessite de gros efforts de concertation pour concilier les intérêts de tous, y compris du voisinage.

Guider:  Beaucoup de projets dépendent du communal…

La Région est compétente pour les permis d’urbanisme et d’environnement, pour tout ce qui est recours. Mais cela ne veut pas dire que tous les recours sont d’égale importance : on ne peut comparer l’aménagement d’un garage à un gros projet industriel ou commercial qui dépasse le cadre communal. On devrait pouvoir revoir le cadre dans lequel on travaille. Tout ce qui est mineur devrait être du ressort du local, et tout ce qui est majeur, du régional. Il faut mettre un schéma de développement pour pouvoir se concentrer sur les projets qui ont une importance régionale.

Guider:  Il y a des types de projets que vous préférez aux autres ?

On travaille au cas par cas, mais les critères doivent être les mêmes pour tous. Ce n’est pas à la tête du client. On définit les critères au niveau régional. Par exemple, pour un zoning d’entreprises, l’accès doit toujours être pris en compte. Pendant longtemps, on a laissé des zonings s’implanter dans des zones agricoles, là où il n’y avait rien. Et maintenant, ceux qui y travaillent réclament des lignes de bus ! Mais on ne peut pas le faire juste comme ça ; il faut que ce soit analysé en amont. Il y a heureusement du changement : on commence à parler de zonings urbains, et même verticaux, dans un même immeuble…

Au plan régional, on se donne une vision, on détermine des critères. Afin que chaque décision puisse être expliquée par ces critères. Cela requiert plus d’efforts de pédagogie dans l’explication des décisions, des arrêts…


Entrevue publiée dans Echos Terre, supplément de La Libre Belgique et la Dernière Heure, parus le 23 octobre dernier.