Les réserves de pétrole

Réserve : une notion complexe
La notion de réserves pétrolières n'est pas seulement une notion physique. Elle s’appuie également sur deux paramètres évolutifs : la récupération possible du pétrole identifié avec les moyens techniques que l’on maîtrise à une époque "t" et le prix du baril jugé "acceptable" au même moment. Ces deux notions évoluent en permanence et c’est pourquoi les estimations dont on dispose aujourd’hui sont évolutives.

Cette évaluation des réserves pétrolières est rendu d’autant plus difficile qu’elle est sujette à l’influence des compagnies pétrolières et des pays producteurs.

Réserves prouvées, probables et possibles

Quand on nous parle de réserves, il s’agit en général de quantités dont l’existence est certaine. Ce sont les réserves physiquement prouvées, sur lesquelles on peut compter à coup sûr. Elles ont été testées, forées et mesurées au prix du cours du marché. Néanmoins, il ne s’agit que d’une approximation qui comporte une part d’incertitude (probabilité supérieure ou égale à 90% de récupérer ces réserves). D’une certaine manière, c’est comme ci on devait évaluer la quantité de liquide absorbée par une éponge sans avoir la possibilité de la "presser".

A côté de ces évaluations, des techniciens et des prévisionnistes essaient de calculer quelles pourraient être les réserves supplémentaires dont pourrait disposer l’humanité.
Les réserves probables ont été testées mais ne font pas l’objet d’une production. Leur probabilité de récupération doit atteindre un seuil d’au moins 50% toujours au prix du marché. Les réserves possibles appartiennent à la catégorie des réserves dont les probabilités de récupération sont égales ou inférieures à 10%.

Pour bien comprendre reprenons l’analogie établie par la Commission des valeurs mobilières de l’Alberta qui compare les réserves pétrolières à du poisson :

« Les réserves développées prouvées : le poisson est dans votre barque. Vous l’avez pesé. Vous pouvez le sentie et vous allez le manger. Les réserves prouvées non développées : le poisson a mordu à l’hameçon et vous êtes prêt à le sortir de l’eau. Vous pouvez même en évaluer la grosseur (il a toujours l’air plus gros dans l’eau que dans la réalité !). Les réserves probables : Il y a des poissons dans le lac. Vous en avez même pêchés hier. Peut-être même pouvez-vous les voir, mais vous n’en avez pas attrapé aujourd’hui. Les réserves possibles : le lac existe. Certains vous ont même dit qu’il recèle des poissons. Mais votre barque est toujours sur sa remorque et vous préférez aller au golfe. » (Source : Pétrole Gaz et les autres énergies, Petit Traité, Technip)

Problématique de l’évaluation des réserves ?

Evaluer les réserves de pétrole est une question importante afin de gérer au mieux cette ressource non renouvelable. Selon certains, la falsification des données officielles sur les réserves de pétrole encore disponibles serait systématique. L’accusation concerne à la fois les Etats qui produisent le pétrole, ceux qui le consomment ainsi que les groupes privés qui le vendent. Ainsi pour l’expert anglais Colin Campbell, de l’Aspo (Association for the study of peak oil), 46 % des ressources actuelles déclarées par les principaux pays de l’Opep sont "douteuses, sinon fausses".

L’évaluation des réserves s’accompagne donc d’un impact financier gigantesque.
Pour les grandes compagnies pétrolières cotées, la valeur de l’action dépend en partie du volume des réserves qu’elles déclarent posséder.  Pour assurer une certaine rigueur, l’autorité de marché américaine, la Securities and Exchange Commission (SEC), impose aux sociétés pétrolières cotées à Wall Street la publication annuelle de leurs réserves prouvées. Il s’agit d’une évaluation très prudente, souvent revue à la hausse au fur et à mesure de l'exploitation des gisements que l'on connaît.
Les compagnies pétrolières non cotées, en particulier les compagnies nationales des pays producteurs, n’obéissent pas aux mêmes règles. Leurs réserves sont souvent des secrets d’état jalousement gardés pour des raisons stratégiques et financières : elles servent en particulier de base de calcul à l’OPEP pour établir les quotas de production. Ce qui fait dire auprès de certains experts que les réserves du Moyen-Orient sont surévaluées.

Ces réserves évoluent donc sans cesse et contrairement à ce qu'on pourrait penser les réserves identifiées (ou prouvées) n'ont jamais été aussi importantes qu'à l'heure actuelle : les estimations varient entre 140 Gt (giga tonnes ou milliards de tonnes, équivalent à 1050 Gb ou giga barils) d'après le Oil and Gas Journal (OGJ) et 160 Gt (1200 Gb) d'après l'US Geological Survey (USGS) qui dépend du département américain de l’Intérieur.

Selon les évaluations du British Petroleum, les réserves estimées de pétrole ont généralement tendance à augmenter (voir figure). Toutefois le taux de croissance de la période 1997-2007 (+15,77%) est inférieur à celui de la décennie précédente 1987-1997 (+17 ,48%), ce qui laisse supposer que les choses ne vont pas aussi bien que l’on prétend, puisque entre-temps la demande mondiale d’hydrocarbures a augmenté.

Source: D’après British Petroleum Statistical Review of World Energy 2008

On peut conclure en disant que il est aujourd'hui très difficile de savoir s'il reste beaucoup de pétrole à découvrir ou pas. Une certitude cependant :la finitude des réserves et la stricte nécessité de développer des alternatives, dont les sources d’énergies renouvelables et non polluantes constituent un des axes forts.

Où sont les réserves de pétrole ?

Ce qui est marquant, c’est la disproportion importante entre les réserves du Moyen Orient et celles du reste du monde. Les actuelles réserves de pétrole sont concentrées au Moyen-Orient à hauteur de 61% entraînant une dépendance des pays consommateurs vis à vis de cette région. De plus, en distinguant une répartition non par région mais par pays de l'OPEP et hors OPEP, celle-ci montre que les premiers détenaient 75,5% des réserves mondiales de pétrole brut prouvées à la fin de l'année 2007. Notons également que près de 21 % des réserves mondiales se trouvent en Arabie Saoudite soit 264 milliards de barils de pétrole.
Nombre de ces pays étant politiquement instables, on comprend tout l'enjeu de l'accès à la ressource pétrolière.

Source: British Petroleum Statistical Review of World Energy 2008