Les acteurs du marché
En 1945, la carte des acteurs du marché pétrolier était simple. Ils étaient peu nombreux et leur typologie était limitée. D’un côté, on avait les États et de l’autre les compagnies qui viennent produire dans les Etats.
Aujourd’hui, la carte des acteurs du marché pétrolier s’est complexifiée.Des États producteurs sont apparus. Ils exercent un contrôle sur leur production, souvent par le biais de sociétés nationales. Si celles-ci sont les principales productrices de pétrole, des grandes compagnies énergétiques privées jouent également un rôle majeur sur le marché. A côté de ces Etats, nous avons des États consommateurs. Après le double choc pétrolier, sont également apparus des négociants en pétrole :les traders, les banques d’affaires et les fonds de pension, grâce auxquels sont développés des instruments qui jouent un rôle stabilisateur du marché et qui relativisent les dépendances géographiques.
1. Les Etats producteurs
L’OPEP comme régulateur
Le marché mondial du pétrole est grandement influencé par l'OPEP, l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole. Les membres de L’OPEP contrôlent près de 70 pour cent des réserves mondiales prouvées et contribuent à 38 pour cent des approvisionnements mondiaux.
L'objectif de l’OPEP est de réguler la production et le prix par un effort coordonné de ses pays membres, notamment en instaurant un système de quotas de production. Les membres constituent donc un cartel de producteurs. Ils se mettent d'accord sur la quantité de pétrole exporté, ce qui influence le prix du marché. Mais attention, les marchés à terme de Londres (ICE) et de New York (NYMEX) jouent un rôle croissant dans la détermination des cours, retirant ainsi du pouvoir à l'OPEP. Celle-ci apparaît plus comme le « swing producer », le producteur qui assure l’essentiel de l’ajustement de l’offre globale sur la demande globale. Pour accroitre sa marge de manœuvre, l’OPEP tente de nouer une alliance avec la Russie et les producteurs d’Europe orientale.
L’OPEP, un contre-pouvoir
En 1960, les gouvernements d'Arabie saoudite, du Vénézuela, du Koweït, d'Iran et d'Irak - qui contrôlaient 80 % des exportations mondiales - se regroupaient au sein d’une organisation : « l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP) ». ou en anglais Organization of Petroleum Exporting Countries (OPEC). Ce cartel de producteurs est né en réaction à la baisse des prix du brut et donc de leurs recettes. Jusqu’à cette époque les compagnies pétrolières avaient les pleins pouvoirs sur le cours du pétrole et imposaient leurs prix aux pays producteurs. C’est pourquoi, l'OPEP a contrebalancé le pouvoir des grandes compagnies pétrolières par la voie de la participation et de la nationalisation pour maîtriser la production et donc les prix.
Les fondateurs ont été rejoints par le Qatar (1961), l'Indonésie (1962), la Libye (1962), les Émirats arabes unis (1967), l'Algérie (1969), le Nigeria (1971), l’Equateur (1973), le Gabon (1975-1994) et l’Angola (2007). L’OPEP compte 13 membres.
Plusieurs importants pays producteurs de pétrole, dont certains sont exportateurs nets, ne sont pas membres de l'OPEP. C'est le cas du Canada, du Soudan, du Mexique, du Royaume-Uni, de la Norvège, des États-Unis, de la Russie et d'Oman.
Les sociétés d’Etat
Huit des dix producteurs de pétrole les plus importants du monde sont des sociétés d’Etat. Les compagnies nationales sont diverses. Pemex (Mexique) et Aramco (Arabie Saoudite), par exemple, ont un monopole de la production dans leur pays, et se comportent comme un organe du gouvernement. D’autres, comme Sonatrach (Algérie), Petronas (Malaysie), Petrobras (Brésil) ou Statoil (Norvège) cherchent une expansion internationale, et se comportent presque comme des « majors » bien que leurs capitaux soient publics. Notons qu’en termes de production de pétrole, Aramco équivaut à quatre fois Exxon Mobil, première compagnie privée par le chiffre d’affaires.2. Les compagnies pétrolières privées
Un secteur très concentré
La concentration est très élevée dans l’industrie pétrolière mondiale : dix compagnies contrôlent à elles seules près de ¾ des réserves prouvées du globe. Huit des dix producteurs de pétrole les plus importants du monde sont des sociétés d’Etat. Les autres sont de grandes entreprises énergétiques intégrées privées.
Les principales compagnies pétrolières ne sont plus aujourd’hui qu’au nombre de 6. Elles sont le résultat d’un mouvement de concentration amorcé dans les années 1990. Des opérations de fusion-acquisition successives ont donné naissance à ces nouveaux groupes. De plus, certaines compagnies nationales dépassent largement la taille de ces majors privés.
Les supermajors du pétrole :Exxon Mobil Corporation résulte de la fusion en 1999 entre Exxon et Mobil Oil. Exxon Mobil est la première plus grosse capitalisation boursière du monde à 377,99 milliards de dollars et par là même des compagnies pétrolières. C’est le leader des majors du pétrole.
PetroChina Company est la partie cotée de la China National Petroleum Corporation, le plus gros groupe pétrolier de Chine. Le groupe est l’une des plus grosses sociétés mondiales et totalise 278,24 milliards de dollars de capitalisation.
Shell, ou Royal Dutch Shell, est une compagnie pétrolière anglo-néerlandaise. La société capitalise 151,3 milliards de dollars en troisième position au classement des capitalisations boursière des pétroliers.
Chevron Corporation est la deuxième compagnie américaine, et la quatrième mondiale à 146,33 milliards. La société s’appelait ChevronTexaco du fait de sa fusion avec Texaco en 2001 mais a abandonné ce nom.
BP (abréviation de British Petroleum), compagnie britannique, avec 138,25 milliards de dollars dont le slogan « Beyond Petroleum » (au-delà du pétrole) symbolise une véritable envie de s’engager dans une reconversion post-pétrole. La société investit d’ailleurs dans l’énergie solaire.
Le français Total arrive sixième au classement mondial, et est la dernière des majors. Ses activités lui permettent de capitaliser 114,29 milliards de dollars en bourse. Il est par ailleurs un acteur important de la chimie.
Source :Le Journal des FinancesLes quatre autres compagnies de Top 10, qui suivent les «supermajors» du pétrole, sont l’italienne ENI, la brésilienne Petrobras, l’américaine ConocoPhillips et la norvégienne Si elles sont loin derrière les six premiers du classement, leur capitalisation excédent toutes les 40 milliards de dollars, ce qui fait d’elles des capitalisations majeures au sein des indices de référence.
La reconversion énergétique : l’avenir
Mais l’avenir est dans la reconversion énergétique et ces compagnies, qui le savent, doivent évoluer avec le nucléaire, le solaire, la biomasse et l’éolien, si elles veulent perdurer comme mastodontes internationaux
Les compagnies européennes se sont engagées dans cette dynamique.
• BP avec le solaire, nouveau leader mondial de la production photovoltaïque ;
• Shell avec la biomasse, le solaire et l’éolien;
• Total avec la conception et la commercialisation de systèmes photovoltaïques et des investissements dans d’autres énergies renouvelables (éolien, énergie des vagues…).3. Les Etats consommateurs
L’OCDE, première consommatrice
Les grands pays de l’OCDE sont en quantité les premiers acheteurs même s’ils ont réduit l’intensité pétrolière de leur économie (c-à-d qu’ils ont amélioré leur intensité énergétique). Ils influent l’aval pétrolier. Les pays de l’OCDE représentent 60 % de la demande mondiale. Les Etats-Unis jouent un rôle éminent du côté de la demande car ils sont les premiers consommateurs de pétrole (30 % du total mondial). La Chine apparaît un consommateur nouveau, qui tend à devenir un acteur majeur du système pétrolier mondial. Enfin, il y a tous les pays en développement, dont l’intérêt est que leur économie puisse profiter d’un accès durable à un pétrole à prix bas.L’AIE, comme contre-pouvoir
Tout comme les producteurs de pétrole, les pays importateurs ont créé en 1974 l'AIE (Agence Internationale de l’Energie) à l’initiative de Henry Kissinger, au moment où l’embargo contre les pays soutenant Israël plaçait ces derniers en réelle situation de pénurie. A cette époque, il s’agissait d’une réaction au triplement du prix du pétrole brut par les pays de l'OPEP. Deux objectifs sont poursuivis : la sécurité des approvisionnements et l'indépendance énergétique. De ce fait, les pays membres de l'AIE sont tenus de posséder en permanence l'équivalent d'au moins 90 jours d'importations nettes de pétrole brut (basés sur la moyenne des importations de l'année précédente).Les Etats membres de l’AIE sont au nombre de vingt-six (l’année d’adhésion est entre parenthèse): l'Australie (1979), l'Autriche (1974), la Belgique (1974), le Canada (1974), la République Tchèque (2001), le Danemark (1974), la Finlande (1992), la France (1992), l'Allemagne (1974), la Grèce (1977), la Hongrie (1997), l'Irlande (1974), l'Italie (1978), le Japon (1974), la République de Corée (2001), le Luxembourg (1974), Les Pays-Bas (1974), la Nouvelle Zélande (1977), la Norvège (1974), le Portugal (1981), l'Espagne (1974), la Suède (1974), la Suisse (1974), la Turquie (1981), le Royaume-Uni (1974) et les Etats-Unis (1974).
En cas de diminution de 7% de l'approvisionnement en pétrole, les Etats membres de l'AIE doivent réduire leurs demandes et mettre à la disposition les uns des autres leurs ressources de pétrole, tant en approvisionnement qu'en stocks.
Bien entendu, les raffineries de pétrole sont les principaux utilisateurs. Elles transforment le brut en produits utilisables, par exemple, de l'essence, du diesel, du carburéacteur et du mazout de chauffage domiciliaire. Les besoins en pétrole brut de l'industrie du raffinage fluctuent selon la demande pour ces produits.
4. Les négociants en pétrole
La majorité des entreprises d'extraction de pétrole étant nationalisée, les gouvernements vendent leur pétrole
- soit directement d'Etat à l'autre,
- soit au travers du marché international.Ces opérations financières liées au commerce des cargaisons d’hydrocarbures sont appelées du trading. L’organisation de ce commerce est complexe. Toutes les grandes compagnies pétrolières possèdent des filiales de trading. L’un des principaux objectifs est de veiller à l’approvisionnement régulier en brut de leurs raffineries et d’ajuster la demande de celles-ci à l’offre à court terme.
Le rôle des traders est d’acheter un peu à l’avance le pétrole nécessaire en quantité et en qualité. Un trader achètera une cargaison de pétrole à un prix plutôt bas pour la revendre rapidement avec un bénéfice, si d’autres ont plus besoin que lui de cette cargaison et sont prêts à y mettre le prix. C’est ainsi, qu’une cargaison de pétrole brut peut changée de propriétaire pendant son transport, parfois plusieurs fois. Le trader s’occupe également de négocier les produits finis issus des raffineries. Et, bien sûr, si la compagnie n’en a pas besoin pour ses raffineries, de vendre le brut dont elle est propriétaire.


