"Isoler, c’est chauffer" entrevue avec Jean-Marc Nollet, ministre wallon du Développement durable

28/10/09: Pour le numéro deux du Gouvernement wallon, deux priorités s’imposent en Wallonie dans les cinq années à venir : l’alliance emploi-environnement et l’isolation des maisons.

Guider  : En décembre, la conférence sur le climat de Copenhague aboutira vraisemblablement à des accords qui remplaceront ceux de Kyoto de 1997. Comment vous y préparez-vous ?

En ce qui concerne les efforts à faire, Kyoto n’était qu’une entrée en matière... Copenhague sera, à mon avis, la conférence la plus importante de ces 20 dernières années. Un échec signifierait le retour au chacun pour soi. Et ce serait catastrophique. Si les autres ne font pas les efforts nécessaires, les pollutions n’ayant pas de frontières, nous serons face à un énorme problème. Rappelons que les 2 degrés d’augmentation de la température par rapport à l’ère industrielle, cette limite qu’on dit qu’on ne peut pas franchir, nous y sommes presque…

Guider : Quelles sont les perspectives ?

Elles sont plutôt bonnes. Le contexte international est nettement meilleur qu’il y a cinq ans. Pourquoi ? Parce que deux puissances importantes ont changé d’attitude vis-à-vis de l’environnement : l’Australie, qui a annoncé il y a un an qu’elle allait se conformer aux accords sur la réduction des gaz à effet de serre, et bien évidemment les Etats-Unis, depuis l’arrivée de Barak Obama qui est partisan d’une dynamique multilatérale.

Mais attention, ce n’est pas parce que l’Australie et les Etats-Unis vont se conformer à ce qui doit être fait que nous sommes hors de danger : la Chine reste une grande inconnue. Comment vont réagir les autres pays si la Chine ne joue pas le jeu ? Et quels sont nos moyens si la Chine et d’autres pays décident de ne rien faire après Copenhague? On peut imaginer une sanction via les règles de l’OMC. La capacité des autres pays à se défendre serait, par exemple, de taxer à l’entrée les biens produits hors de ce que j’appelle déjà la « zone Copenhague ».

Guider : Que peut faire une région de 4 millions d’habitants comme la Wallonie ?

La Wallonie a clairement indiqué sa volonté d’être ambitieuse. On s’aligne clairement sur les objectifs du GIEC. La Wallonie est sans doute la région la plus ambitieuse d’Europe puisque l’on vise un minimum de 20 % de réduction de CO2 pour 2020 et de 30 % en 2050. Et quand on parle de changement climatique, 2020 et 2050, c’est du court-terme…

Je tiens d’ailleurs à préciser que sur ce point, la Wallonie est en avance sur la Flandre. On pense toujours qu’il existe un transfert Nord-Sud, mais en termes d’énergie, c’est plutôt un transfert Sud-Nord dont on peut parler.

Guider : La Région wallonne semble tout miser sur l’isolation des bâtiments…

L’isolation est indispensable pour la réduction de la consommation énergétique. On marche sur deux jambes : il y a d’un côté la production d’énergies vertes et de l’autre, la réduction du besoin énergétique. Nous avons fait de l’isolation l’objectif n° 1 du gouvernement wallon. Pourquoi ? Si l’on regarde une carte thermique de l’Europe, qui montre les déperditions de chaleur dans les maisons, on voit que la Belgique, et plus particulièrement la Wallonie, et encore plus le Hainaut, sont des régions qui se situent au même niveau que le Portugal et l’Espagne.

Cela veut dire que nos maisons sont aussi mal isolées que les maisons portugaises et espagnoles. Mais il y a une grande différence entre le climat espagnol et notre climat… Ici, dans un pays froid, on se permet d’avoir la même isolation que des pays du Sud ! En Wallonie, une maison sur deux est insuffisamment isolée. Cela veut dire que sur ce point précis, on peut gagner énormément en production de CO2. En plus, cela peut faire du bien au portefeuille des gens : ils peuvent gagner des centaines d’euros par an avec une maison bien isolée. Et puis, à quoi ça sert de produire de l’énergie verte si on n’a pas d’abord isolé ?

Guider : L’isolation, c’est aussi un secteur d’emploi…

L’isolation, cela fait gagner de l’argent, mais cela crée aussi de l’emploi localisé, via les PME. Et ce ne sont pas que des emplois non qualifiés, car il y a aussi de la high tech pour le développement des matériaux verts, et puis des emplois moyennement qualifiés. La Wallonie a d’ailleurs dégagé 1,6 milliard d’euros pour le Plan Marshall Vert et 270 millions pour l’alliance emploi-environnement.

Guider : Des priorités dans l’isolation ?

La toiture… car c’est là qu’il y a la plus grosse déperdition. Ensuite, c’est le double vitrage. Il y a en Wallonie encore 30 % des maisons sans aucun double vitrage et beaucoup d’autres maisons ont un double vitrage partiel, ce qui est inutile car si la chaleur ne peut pas sortir par un côté, elle va sortir par un autre…

Guider :  Y aura-t-il un changement dans les primes, et en particulier dans les délais ?

J’ai demandé que l’on fasse une évaluation de l’ensemble du dispositif des primes, et en particulier ce que l’on appelle le délai standby, ce délai d’attente pour introduire une nouvelle demande. On vise aussi le meilleur rapport coût/efficacité environnementale.

Et puis, un autre aspect dans le système des primes, c’est la dimension sociale, pour laquelle on réfléchit à un système de tiers investisseur. Plusieurs formules sont envisagées, mais le principe est identique : le particulier qui n’en a pas les moyens ne supportera pas la charge de l’investissement… C’est un système d’avance. Après travaux, le bénéficiaire payerait la même chose qu’avant alors qu’il consommerait moins. La différence retournerait au tiers investisseur, jusqu’à ce que l’investissement soit totalement remboursé, après 5 ou 7 ans. Après, les factures diminueraient et ce  serait tout bénéfice pour le particulier.

Guider : Et la recherche ?

En production d’énergie, je suis convaincu qu’on n’a pas encore trouvé tout ce que l’on pouvait trouver en ce qui concerne les énergies vertes. On parle, par exemple, de l’éolien horizontal, de l’éolien de troisième génération… En photovoltaïque, il y a  encore beaucoup à faire… Il y a de la recherche sur des films plastiques capteurs de l’énergie solaire et que l’on pourrait appliquer sur toutes les surfaces extérieures des bâtiments….

Il y a aussi le problème du stockage de l’énergie verte. Car les énergies vertes ne sont pas régulières : il n’y a pas de soleil la nuit, la force du vent n’est pas toujours égale… Tant qu’on n’a pas résolu le défi du stockage, on aura encore besoin des énergies fossiles.  On pourrait utiliser davantage le sous-sol, avec par exemple, un système de puits canadiens sur grande échelle. Mais en Wallonie, on devra toujours travailler avec un faisceau de différentes sources d’énergie.