Interview Guider : Focus sur le Projet HOW – Hotel On Water
A2M
23/06/2010: Dès 2011, un hôtel flottant s’implantera au bassin Béco situé dans le port de Bruxelles. Ce bateau-hôtel 4 étoiles, qui comptera 60 chambres, est construit selon les standards de la construction passive. L’idée est de minimiser un maximum la consommation énergétique du bâtiment et son empreinte écologique. Comment ? En faisant notamment appel aux énergies renouvelables, comme nous l’explique Monsieur Sebastian Moreno-Vacca, Architecte et administrateur du bureau A2M, les concepteurs du projet HOW.
Guider : Le projet HOW est tout à fait innovant, pouvez-vous nous l’expliquer brièvement ?
Sebastian Moreno-Vacca : « Le projet a été étudié pour être totalement autonome, aussi bien d’un point de vue énergétique que vis-à-vis de l’eau. Tout d’abord, l’hôtel a été établi selon les principes des bâtiments passifs. Les besoins énergétiques ont donc été réduits à l’origine. Grâce à une isolation renforcée, à une étanchéité à l’air sans faille et un système de ventilation performant, les besoins d’énergie pour le chauffage sont limités à 15 kWh/m².an, et pour le refroidissement à 3 kWh/m².an. De plus, toute l’énergie restante nécessaire au bon fonctionnement de l’hôtel sera délivrée grâce à des énergies renouvelables. »
Guider : Comment vous est venu l’idée de créer un hôtel 4 étoiles axé sur le développement durable ?
Sebastian Moreno-Vacca : « A2M est un bureau soucieux du Développement Durable, et, depuis quelques années, se consacre uniquement à la construction de bâtiments passifs – très basse énergie dans le cas de rénovation. C’est pour cette raison que le client, M. Burattini, est venu nous présenter son idée d’hôtel, et que nous avons développé ce projet ensemble. »
Guider : Au niveau énergétique, quelles sont les techniques utilisées pour rendre le bâtiment autonome ?
Sebastian Moreno-Vacca : « Le concept énergétique sélectionné est celui de la pompe à chaleur combinée avec la cogénération aux pellets. La pompe à chaleur s’approvisionne en énergie à l’aide d’un réseau d’échange dans le fond de la barge, et fournit le froid et la chaleur à l’hôtel. En cas de demande simultanée de chaleur et de froid, la pompe à chaleur chauffe le collecteur chaud à l’aide de la chaleur dégagée du collecteur froid. Cette chaleur est utilisée pour chauffer les chambres ou pour préchauffer l’eau chaude sanitaire (ECS). Après ce préchauffement, la cogénération aux pellets donne la puissance nécessaire pour augmenter la température de l’ECS. L’adiabatique est aussi utilisée pour couvrir les besoins en froid résiduels. »
Guider : Pourquoi ces techniques-là en particulier ?
Sebastian Moreno-Vacca : « Après l’étude de différentes solutions, elles paraissaient les plus intéressantes tant d’un point de vue économique que d’un point du vue des émissions de CO². En utilisant cette combinaison, le temps de retour sur le surinvestissement, par rapport au même hôtel qui aurait été conçu selon des principes standards, est de 7 ans avec les subsides (13 ans sans les subsides), et permet de réduire de 84% les émissions de CO². »
Guider : Avez-vous fait appel à d’autres bureaux ou institutions pour vous conseiller dans vos choix sur les énergies renouvelables ?
Sebastian Moreno-Vacca : « A2M s’est chargé de la conception passive, et une étude a été réalisée pour le choix du concept énergétique d’une part, et pour l’autonomisation vis-à-vis de l’eau d’autre part, par le bureau Arcadis de Gand. »
Guider : Pourquoi avoir également opté pour la cogénération à pellets ?
Sebastian Moreno-Vacca : « La cogénération permet de compléter les besoins de chaleur mais également de couvrir les besoins en électricité de l’hôtel. Pour la source d’énergie, le choix s’est porté sur les pellets plutôt que le gaz afin de limiter les émissions de CO² . »
Guider : A combien s’élève l’investissement pour les techniques vertes ?
Sebastian Moreno-Vacca : « Le surinvestissement par rapport à un projet standard est de 44.500€ pour la combinaison des 2 techniques. »
Guider : Avez-vous bénéficié de primes de la Région bruxelloise et de l’Etat fédéral pour ces installations d’énergies vertes ?
Sebastian Moreno-Vacca : « Le HOW devrait obtenir 27.800€ de subsides pour l’ensemble des investissements effectués. Il devrait également recevoir 2.416 € par an grâce aux certificats verts. »
Guider : La gestion de l’eau est tout aussi essentielle dans ce projet d’hôtel sur l’eau ?
Sebastian Moreno-Vacca : « L’hôtel est aussi totalement autonome en eau. D’abord, comme pour l’énergie, les besoins ont été réduits à la source : toilettes double touche (3/4.5l), douches plutôt que bains, limitateurs de débit… Ensuite, l’hôtel puisse l’eau du canal. Celle-ci est alors traitée par un osmoseur afin d’obtenir de l’eau potable. Le concentrât de l’osmoseur est par la suite recyclé pour couvrir les besoins d’eau de 2nde qualité (toilettes, nettoyage…). Enfin, les eaux usées sont traitées sur place à l’aide d’une station d’épuration à membranes avant d’être rejetée dans le canal. C’est grâce à cela, ainsi qu’à sa conception énergétique, que le HOW a été gratifié du titre de Bâtiment exemplaire au début de cette année 2010. »
Guider : Où en est le projet actuellement ? Pour quand est prévue l’ouverture de l’hôtel ?
Sebastian Moreno-Vacca : « M. Burattini a réuni environ 80% des fonds à ce jour. Les 20% restants sont encore en discussion pour l’instant. Une fois les fonds entièrement regroupés, tout devrait aller assez vite, notamment le chantier, grâce une grande utilisation de la préfabrication. »


